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Procès de l'amiante: le "monde à l'envers" de la justice française
Un avocat chargé de la défense des victimes de l'amiante est sur le banc des accusés à la suite d'une plainte pour diffamation des dirigeants d'Eternit France.
 Me Jean-Paul Teissonnière, l'un des avocats de l'association, est accusé par les dirigeants d'Eternit France, entreprise industrielle productrice d'amiante jusqu'à son interdiction, d'avoir tenu, en novembre dernier, des propos diffamatoires dans le magazine Télérama.
"On marche sur la tête", déplore François Desriaux, vice-président de l'Andeva (Association nationale de défense des victimes de l'amiante). La raison de sa stupéfaction? Me Jean-Paul Teissonnière, l'un des avocats de l'association, est accusé par les dirigeants d'Eternit France, entreprise industrielle productrice d'amiante jusqu'à son interdiction, d'avoir tenu, en novembre dernier, des propos diffamatoires dans le magazine Télérama. Il y établissait un parallèle entre les conditions de travail au sein des sociétés française et italienne, cette dernière ayant vu deux de ses dirigeants condamnés à une peine de 16 ans d'emprisonnement en février dernier, lors d'un procès historique à Turin.
Des conditions de travail similaires ?
"Eternit est un groupe international, largement implanté en France. On dénombre, chez nous, 6 ou 7 établissements Eternit qui ont appliqué les mêmes conditions de travail effrayantes qu'à Casale Monferrato" pouvait-on lire dans les pages de l'hebdomadaire. Des déclarations qui ont manifestement irrité les dirigeants de la filiale française. Pour les industriels, " Eternit France et Eternit Italie sont totalement étrangères tant par leur nationalité que par leurs conditions de travail." Une position qui, selon l'avocat, n'est pas tenable. "Nous disposons de centaines de témoignages sur les conditions de travail chez Eternit France. Comment peuvent-ils nier les faits, alors même que plus de la moitié des salariés français ont été ou seront victimes des ravages de l'amiante?"
L'entreprise française a, par ailleurs, été condamnée un nombre incalculable de fois pour "faute inexcusable" de l'employeur." J'ai moi-même obtenu plusieurs centaines de condamnations devant les tribunaux des affaires de Sécurité Sociale" assure l'avocat.
"Le monde à l'envers"
Du côté des associations de victimes, l'émotion domine. "C'est le monde à l'envers:un procès judiciaire en pénal où les victimes, par l'intermédiaire de leur avocat, se retrouvent sur le banc des prévenus. Alors que les responsables d'une entreprise au coeur d'un scandale sanitaire gigantesque sont du côté des parties civiles" constate François Desriaux." Pourquoi les dirigeants d'Eternit poursuivent-ils un avocat qui n'a fait que rapporter des faits avérés?" poursuit-il. "Je ne comprends pas leur démarche. Ils ont, à mon sens, beaucoup de coups à prendre dans cette affaire."
Maître Jean-Paul Teissonnière, lui, voit l'avantage que les victimes pourraient tirer de la tenue de cet étonnant procès "inversé". "Il sera pour moi l'occasion de parler de la responsabilité des industriels. Nous allons pouvoir nous expliquer. Et l'incroyable passivité des parquets dans les dossiers de l'amiante sera peut-être mise en lumière."
Manque de moyens et absence de volonté politique
Les associations de victimes de l'amiante françaises et italiennes ont toujours entretenu des liens étroits. Mais force est de constater que des deux côtés des Alpes, la lutte n'a pas donné les mêmes résultats. "En Italie, un Procureur de la République indépendant a pris en charge l'instruction, ce qui a abouti à la tenu d'un procès en pénal de deux ans et à un verdict exemplaire", souligne François Desriaux. En France, les choses n'en finissent pas de traîner. "Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire le parallèle avec nos voisins. Le dépôt de la première plainte date de juillet 1996, et l'affaire est toujours à l'instruction. Les manques de moyens et de volonté politique sont flagrants. "
"Une idée insupportable"
"Les industriels connaissaient les dommages que causaient l'amiante et se sont organisés pour les masquer", assure le vice-président de l'Andeva. Des indemnisations de victimes ont certes été obtenues à la suite de procédures civiles, mais elles ne donnent pas satisfaction aux associations de victimes qui réclament, encore et toujours, la tenue d'un procès en pénal. "Si cela continue à ce rythme, il n'y aura bientôt plus personne à juger car tous les responsables de cette catastrophe sanitaire seront morts. Ce qui est une idée tout à fait insupportable", conclut François Desriaux. 100 000 morts dues à l'amiante entre 1995 et 2025: c'est le chiffre, tout aussi insupportable, qu'avancent les épidémiologistes de l'Inserm.
Me Teissonnière reste optimiste quant à la tenue d'un procès en pénal. "L'émotion qu'à provoquée chez les victimes l'annonce de ce procès 'hallucinant' renforce selon moi les chances de voir les dirigeants d'Eternit France sur le banc des accusés." 
journal l'express (5 sept 2012) 
 
Tag(s) : #Justice

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